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Toujours aussi électrisant!

Roland Paillé, Le Nouvelliste, 26.10.98

À 71 ans bien sonnés, Gilbert Bécaud n'a rien perdu de son énergie légendaire. Monsieur 100 000 volts est toujours aussi électrisant, et depuis hier soir, plusieurs (autres) centaines de personnes voient leurs batteries chargées à bloc pour l'hiver qui s'amène (avec ses pannes).

Le vétéran chanteur français a fait tout un tabac - et ce n'est pas peu dire dans son cas, considérant qu'il est un fumeur invétéré - à la salle J.-Antonio-Thompson. Attendu par un public gagné d'avance, il a livré la marchandise avec tout le charme qu'on lui connaît. Son énergie, monsieur 100 000 volts la propage de toutes les manières: profondément, tendrement, humoristiquement.

Visiblement en très grande forme dès les premières pièces, le compositeur et pianiste a aussitôt fait d'annoncer ses couleurs, passant de l'émotion à l'amour et à la fantaisie avec la même authenticité. Pendant deux heures, l'auditoire a eu droit à un véritable feu roulant de succès, soit presque tous ceux qu'on retrouve sur son album double «À l'Olympia», lancé en 1997: «Je t'appartiens», «Le petit oiseau de toutes les couleurs», «Un peu d'amour et d'amitié», «Le Bain de minuit», «La Solitude, ça n'existe pas», «Je reviens te chercher», «Et maintenant» et «L'Important, c'est la rose».

Très fantaisiste dans les chansons plus légères, comme «Les Caraïbes» ou «Quand Jules est au violon», il affiche tout un sens de l'humour en faisant souvent rire le public, que ce soit par des mimiques, en s'amusant en flattant le crâne d'un spectateur chauve ou en enguirlandant, pour le plaisir évidemment, un autre qui ne chante pas en même temps que les autres.

Gilbert Bécaud puise dans tout le bagage d'expérience qu'il possède pour faire passer à son public la soirée qu'il recherche. Sa complicité avec la salle est sans faille. Il sourit à l'un, salue l'autre, et garde ainsi un contact continu, du début à la fin.

Mais il sait aussi être intense, très intense, comme lorsqu'il chante «Desperado», «Madame Roza» ou encore «L'Indien». Une fois terminée, chacune de ces chansons laisse pendant de longues secondes une expression d'une grande intensité sur son visage, ce qui contraste avec son large sourire et son cri triomphant qu'il lance à la fin des autres pièces moins émouvantes.

Ceux qui ne le savaient pas avant hier savent maintenant que Gilbert Bécaud est un fumeur, un grand fumeur. Il fume en grande quantité, si bien qu'après le premier quart de la soirée, il sort fréquemment de scène pour aller en prendre «une touche». Il revient aussitôt sur les planches, laissant une grande bouffée de fumée sortir de sa bouche.

Et qui sait s'il n'en profite pas pour prendre un p'tit rouge? Il ne déteste pas le vin: c'est bien connu. Mais le public ne lui tient pas rancune de ce manège en coulisses. Au contraire, il s'en amuse.

Finalement, avec tout le chemin parcouru, tout le succès accumulé au fil des décennies, Gilbert Bécaud vit sans cachotterie ses petites délinquances d'homme d'âge mûr. Il peut se le permettre: c'est ainsi qu'il veut vivre, et le public ne s'y objecte pas. Après tout, l'important... c'est la rose.

Justement, il a reçu quelques bouquets, hier soir, puisque c'était le lendemain de son anniversaire de naissance, ce qui lui a valu le traditionnel «Mon cher Gilbert, c'est à ton tour de te laisser parler d'amour» de la part des spectateurs.