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Bécaud, le chanteur pour lequel on a cassé les premiers fauteuils à l'Olympia

Didier Saltron, Agence France-Presse, Paris, 18.12.01

Bien avant Johnny Hallyday, les «Stones» ou les Sex Pistols, Gilbert Bécaud, mort mardi matin, fut le premier chanteur pour lequel des fans cassèrent des fauteuils, en particulier à l'Olympia, la salle fétiche dont il fut un des hôtes les plus fidèles.

Au cours d'une carrière longue d'un demi siècle, «M. 100 000 volts» (un surnom qui illustrait bien un tempérament volcanique) sera passé une trentaine de fois dans le music-hall du boulevard des Capucines. Il s'y était tant de fois produit que ni lui, ni la direction de la salle, n'étaient capables de garder le compte exact de ses prestations. Une chose est sûre : c'est bien pour lui, alors chanteur débutant, que furent brisés les fameux fauteuils rouges, lors d'une matinée exceptionnelle en avril 1954.

Car Bécaud fut un des premiers chanteurs «physiques» à une époque où les artistes de music-hall faisaient encore montre d'une réserve prudente sur scène, engoncés dans les règles et usages du «vieux» métier. Bête de scène avant l'heure, volontiers enclin au cabotinage, Bécaud n'avait pas son pareil pour faire monter la température sur les planches.

Il ne lui fallait guère plus d'une ou deux chansons avant de donner un peu de mou à ces fameuses cravates à pois qui, avec le costume, constituèrent son inamovible tenue de scène. Bécaud tenait rarement en place. Il avait du mal à rester rivé derrière son piano à queue. Il traversait la scène à grandes enjambées, se glissant furtivement dans les coulisses, le temps d'aspirer une bouffée de ces cigarettes qu'en homme respectueux des conventions, il n'aurait pas fumées au grand jour.

C'est parce qu'il aimait avoir un rapport direct avec le public qu'il y a quelques années, Bécaud avait même eu l'idée ingénieuse de carrément casser la partie avant de son instrument, lui donnant une drôle d'allure d'oiseau brisé, mais lui offrant une meilleure visibilité. Le bouillonnement de Bécaud était aussi très sensible dans cette façon qu'il avait de sans cesse porter la main à l'oreille, dans la quête du son parfait. Il tutoyait volontiers le public, le prenait à partie, n'hésitait pas à le tancer lorsqu'il ne le trouvait pas assez chaud et réceptif.

Compositeur prolifique, Becaud n'aimait rien tant que la scène et ce «suractif» comme l'a qualifié mardi son ami et parolier-fétiche Pierre Delanoë, était bien plus souvent sur les routes de France ou à l'étranger, toujours entre deux concerts, que dans sa ferme du Poitou où il aimait se reposer.

En effet, à l'inverse d'autres de ses pairs, Bécaud n'était pas du genre à régulièrement annoncer ses «adieux». Bien au contraire, il alignait tournées (à l'étranger entre autres où il était, avec Trenet et Montand, un des chanteurs français les plus prisés) et rentrées parisiennes à intervalles réguliers. Il ne quittera jamais la scène, même lorsque la notoriété sera moindre, dans les années 90 notamment où il ne remplissait plus forcément les salles avec la facilité des années 60-70.